Les habitants de cette haute vallée perdue des montagnes de l'Himalaya traversée chaque été par quelques centaines de voyageurs ne profitent que très peu de cette activité dont la majeure partie des revenus leur échappe. Avec les villageois du Zanskar, nous développons ce programme inspiré par le modèle CBT (Community Based Tourism) observé en Kirghizie : sensibilisation, formation, organisation... Il a été mis chantier au cours de l'été 2003. Une réflexion sur l'impact sociétal de la mise en place d'une telle structure au Zanskar est en cours.
Le but de ce programme est de faire en sorte que les zanskarpas prennent part eux-mêmes au niveau des communautés villageoises à l'accueil local des touristes, et en récoltent équitablement les bénéfices, dont une part sera attribuée à des micro-programmes de développement local géré par ces communautés.
Pour connaître les dernières évolutions de ce projet,
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Les touristes qui se rendent au Zanskar ne dépensent que très peu d'argent sur place. Les populations qui les regardent chaque été investir leurs espaces par dixaines n'en retirent que très peu de bénéfices. Au contraire, cette irruption pas toujours respectueuse des hommes et de leur environnement, bien que pouvant faire miroiter l'espoir d'une prospérité future, fragilise des équilibres non préparés, introduisant pollution, jalousies, et cupidité. De plus en plus d'hommes du Zanskar, "horsemen" ou simples "aides", cédant à une tentation fort compréhensible, tentent leur chance auprès des nombreuses agences de trek de Leh (Ladakh) qui, lorsqu'elles font appel à leurs services, subissant les lois du marché et d'une concurrence sauvage, leur imposeront des rémunérations au rabais, indignes du service rendu.
Le voyageur qui désire se rendre au Zanskar n'a le choix qu'entre les voyagistes occidentaux, eux mêmes sous-traitant leurs prestations auprès d'agences de Delhi, Leh (Ladakh) ou Manali (Himachal Pradesh), engendrant exploitation et rancur, ou de faire appel directement à ces mêmes agences sur place sans connaître les conditions dans lesquelles travailleront leurs accompagnateurs qu'ils ne connaissent bien sûr pas à l'avance, ni les prestations qui leurs seront proposées. Souvent, ces accompagnateurs venus du Nord de l'Inde (quand ce n'est pas du Népal pour faire encore plus d'économies), ne parlent pas la langue locale, le Ladakhi (ou "Bodi"), dialecte issu du tibétain... Celui qui se rend directement au Zanskar par la piste de Kargil rencontre souvent des difficultés à organiser ses transports, son hébergement, et sa randonnée, la population étant souvent très accaparée par les travaux des champs en période estivale.
Accompagner les communautés villageoises du Zanskar dans l'élaboration d'une offre alternative équitable (hébergements dans les familles, séjours, randonnées, transports, activités de découverte de la culture locale,...)intégrant la sauvegarde du patrimoine écologique, qui pourrait, au delà des groupes voyageant avec notre association, être proposée sur place aux voyageurs individuels, et pourquoi pas, à des agences de Leh ou de Manali soucieuses de faire évoluer leurs méthodes de travail, nous a paru prioritaire dans le cadre des missions de Rencontres au Bout du Monde (RBM).
Rien ne pourra exister sans une large adhésion sur le terrain, dépassant la volonté des personnes avec lesquelles nous travaillons déjà.
Premières démarches à effectuer :
- Officialiser le statut des personnes travaillant pour les groupes de RBM au Zanskar
- Diffuser l'information à propos du projet "Zanskar CBT" auprès des représentants des villages (comités) et des autorités touristiques de l'Etat du Jammu & Kashmir (nous avons à ce sujet eu un entretien durant l'été 2003 avec le "Tourist Receptionist" de Padum, représentant du J&K Tourist Officer, qui nous a assuré du soutien des autorités)
- Identifier et localiser les personnes et les compétences au travers des villages du Zanskar pour l'organisation et l'accompagnement de randonnées, la location de chevaux, l'hébergement chez l'habitant, la coordination, etc.
- Etablir une nouvelle liste de tarifs équitables pour les 2 ou 3 prochaines saisons, en concertation avec ces personnes pour chaque type de service touristique (voir ci-dessus) incluant une contribution de 15% destinée à la création d'un fonds d'autofinancement et de sécurité qui sera géré par les communautés selon des principes définis en accord avec RBM
- Recueillir toutes les informations sur les expériences similaires dans la zone du Ladakh (par exemple, le programme CBT de la vallée de la Markha développé par l'ONG Snow Leopard Conservancy en collaboration avec l'Unesco).
A ce jour, deux équipes complètes sont formées pour l'accompagnement des groupes de RBM selon les principes que nous défendons.
Nous espérons être en mesure de réunir au Zanskar un nombre significatif de représentants des communautés villageoises en 2006 pour un premier séminaire "fondateur et fédérateur".
Etat des lieux après la saison 2004 :
Une des difficultés rencontrées est de trouver localement les personnes ressources qui auront la responsabilité du projet. Un noyau est déjà constitué par Tashi Dorje, Tukje Targuès, Tupstan Tardot (tous du village de Karsha).
Dans les trois villages de Tsazar, Zangla et Pidmu, en présence de Tashi et Targues, RBM a organisé des rencontres avec les villageois pour présenter et expliquer cette idée, avec un projet "test" concret d'accueil de touristes en 2005, sous la responsabilité de RBM, pour des séjours en immersion chez l'habitant, avec proposition d'activités diverses et locales, toutes organisées par les villageois. Cette proposition vise un profit partagé entre les différentes familles (et non celui de RBM ou de quelques familles prioritaires). Les repas seront préparés exclusivement à partir de denrées locales (momos, tukpa, papa, etc.) par les familles. L'idée semble être bien accueilli. Entre 20 et 40 personnes ont participé à chaque fois à ces réunions (avec entre autres, la présence remarquée des associations de femmes), et l'esprit communautaire du projet semble bien accepté, au delà de toute vénalité que nous aurions pu craindre de la part des familles les plus "puissantes". Plusieurs familles, désignées par l'ensemble des villageois, et choisies parmi les plus modestes, sont prêtes à accueillir des touristes dès l'été 2005. Les maisons de ces familles ont été visitées, afin de préparer laccueil des voyageurs de RBM en 2005 et envisager comment nous pourrions apporter une aide partielle aux aménagements minimums à effectuer chez les familles les plus démunies. La visite de RBM au Zanskar par la rivière gelée en février 2005 permettra de faire le point avec les villageois.
Collaboration avec l'ONG Snow Léopard Conservancy :
Snow Léopard Conservancy (SLC) est une ONG de Leh qui soccupe des questions de conservation de lenvironnement et de la faune animale. Son premier travail a porté sur la sauvegarde du léopard des neiges aboutissant sur la création du Parc National de Hemis, ce qui explique son nom. Elle a organisé linstallation de "Homestays" ("hébergement chez l'habitant") dans la vallée de la Markha et de Sham, dossier sur lequel a travaillé Séverine Roy avec qui RBM est en contact depuis 3 ans.
SLC travaille depuis cet été, sur nos conseils entre autres, sur le Zanskar. Après "nos" étudiants grenoblois, un zanskarpa travaillant pour SLC, Tashi Tondup, a été en juillet faire une première étude sur 3 villages. La confiance s'est établie entre SLC et RBM en ce sens qu'il n'est pas concevable de travailler chacun de son côté, mais au contraire de profiter de nos complémentarités (pour SLC, la sensibilisation et les "training" au niveau des villageois à laquelle nous participons aussi ; pour RBM, la mission "d'opérateur touristique" pour un public "sensibilisé et responsabilisé").
SLC et RBM se sont mis daccord sur lidée dun test prévu pour 2005 : les "Rencontres villageoises" qui permettront à un petit groupe de 6 touristes de passer 2 semaines au Zanskar, sans randonnée, en immersion chez l'habitant pour une découverte mutuelle.
RBM communiquera, proposera, organisera, et accompagnera la venue des voyageurs et Snow Léopard Conservancy fera le lien avec les villageois. La collaboration semble intéressante. Le rôle de chacun devra être affiné.
5 ETUDIANTS DE L'IUP LEST (Loisir, Environnement, Sport et Tourisme) DE GRENOBLE EN STAGE AU ZANSKAR POUR RBM.
Cinq étudiants ont fait leur stage avec RBM d'avril à août 2004. Mido Brun (RBM) a accompagné la préparation de leur travail au Zanskar : élaboration de lobjectif du stage, apport de méthodologie de recherche et denquête.
Rapport de stage : Au cours d'un séjour de trois mois et demi au Ladakh et au Zanskar, les étudiants ont interrogé deux cents personnes sur la base d'un questionnaire portant sur le tourisme dans ces régions et la façon dont il était accueilli, vécu et envisagé par la population locale. Les étudiants sont partis au mois de mai au Ladakh et se sont mis en rapport avec l'administration, les associations, les agences de treks... Au Zanskar, ils se sont mis en relation avec l'administration de Padum et avec les habitants pour envisager les possibilités daccueil chez lhabitant afin de préparer le travail de RBM dans la création du "Zanskar CBT" (Community Based Tourisme).
Les deux cents personnes interrogées étaient réparties en divers échantillons : enfants, jeunes scolarisés, jeunes non scolarisés, jeunes adultes...
Dans chaque village les étudiants ont cherché, dans la mesure du possible, à trouver au moins un représentant de chaque échantillon.
La méthode denquête servait à étayer le temps passé en "insertion" avec la population pour permettre un travail de diagnostique sur "comment est vécu le tourisme au Zanskar par les habitants, les administrations, les agences et les touristes ?".
Un rapport de stage, d'une centaine de pages, portant sur l'environnement, l'économie, la médecine... a été rédigé, ainsi qu'une synthèse des résultats du questionnaire.
Une suite est prévue en fonction du résultat de lenquête et qui pourrait porter sur laffinement des résultats et sur un retour aux personnes interrogées au Ladakh et au Zanskar.
TELECHARGEZ notre étude sur l'impact du tourisme au Zanskar au format .pdf (1 Mo) © RBM 2005
GESTION DES DECHETS TOURISTIQUES AU ZANSKAR
Les déchets laissés par les touristes et les équipiers locaux jonchent de plus en plus les sentiers de randonnées du Ladakh. L'association des agents de voyage de Leh devrait mettre en place un service de "nettoyage" parcourant ces sentiers en fin de saison afin de les collecter. La responsabilité incombe cependant aux touristes eux-mêmes de faire en sorte que leurs propres déchets soient rapportés et traités à Leh ou Manali.
Une opération de sensibilisation a été organisée en septembre entre les voyageurs RBM et les villageois de Karsha (Zanskar). Env. 300 kg de déchets ont été collectés à l'intérieur du village (touristiques et autres) et ont été déposés pour traitement à la décharge de Kargil.