De l'eau pour Pishu
AIDE AU DÉVELOPPEMENT

Quelques jours à Karsha,
Padum et Pishu pour rencontrer et vivre avec des femmes du Zanskar
par Mido BRUN, Sociologue, Membre de Rencontres au Bout du Monde, et de Aide Médicale au Zanskar

Comment j’ai vécu durant ces quelques jours
AMZ avait décidé en Juin de suspendre toute mission au Zanskar à la suite des directives émises par le ministère français des affaires étrangères. J’ai pourtant choisi de partir en août comme je l’avais prévu pour mes vacances et avec quelques idées de rencontres et d’observation derrière la tête !

Utilisant la logistique (avion, réservation de logement à Leh, trajet du retour en bus privé) de l’association
Rencontre au Bout du Monde avec laquelle j’étais allée à pied au Zanskar l’an dernier. Les conditions matérielles étaient parfaites.
Après les trois jours nécessaires pour l’acclimatation à l’altitude, l e 12 août, les Français partaient pour rejoindre quelques Zanskarpas à Lamayuru et monter en trek : rendez vous avec les plus rapides (mon fils !) le 22 août à Pishu.

Deux journées à Leh m’ont permis, en vivant chez Dorje et Dolma :
- De discuter avec leur fille Diskit (22 ans, technicienne de laboratoire pharmaceutique) sur ses perspectives personnelles au Ladakh,
- D’apprécier ma solitude,
- De participer à la ferveur ambiante de la rue à l’occasion du passage de Sa Sainteté le Dalaï Lama
- De prévoir mon voyage en bus public pour Padum : les trajets étaient incertains en raison des fortes pluies qui avaient gentiment arrosé les cultures mais aussi ravagé les routes !
- De faire la connaissance de Spalbar Goba, correspondant d’AMZ à Leh. Il semble très critique sur les problèmes que risque de créer l’envahissement du Zanskar par les ONG européennes :

"Avant c’étaient les enfants qui demandaient un bonbon, aujourd’hui ce sont les parents qui demandent un sponsor pour scolariser leurs enfants!"

Je partirai donc le 15 août pour Padum avec cette réflexion ironique gravée dans ma mémoire. Elle confirmait bien les observations que j’avais osé faire l’an dernier.

Je vous passerai rapidement les joies du voyage :
- Le sommeil et la chaleur !
- La rencontre des compagnon(ne)s de bus : Cinq touristes ( anglais, japonaise, suisse), quelques femmes, un vieux monsieur, quelques jeunes et T. Namgyal de Raru responsable d’une agence de trek qui parlait bien l’anglais : J’ai pu commencer à avoir quelques nouvelles du Zanskar.
- Le passage à Kargil : on savait qu’il y avait des bombardements sur la ligne de cessez le feu (!!!) , la présence armée en ville était insignifiante.
- Nous avons tout de même, poursuivi jusqu’à Sanku pour passer la nuit : Après une recherche guidée de lieux pour dormir (les saisonniers occupaient tous les "hôtels"). Ouverture en force (la clé du cadenas était introuvable) du local du "Rural Development" pour nous ( 5 touristes) permettre de dormir quelques heures. Cela, probablement grâce à T. Namgyal !
- Les glaciers et le Pansi - La sous le soleil : Magnifique !
- La traversée des torrents à gué : Chaotique !

Arrivée à Padum en fin d’après-midi : sur les conseils d’Agnès j’allais voir Tashi le postman qui m’accueilli très chaleureusement, me proposa du thé. Je donnais des nouvelles des français connus et inconnus : François, Noël et Jacqueline, Agnès, Nadine, Malika, Laurence, Ève…

Le bus partait pour Karsha où la famille de Lobsang Sonam et Kesang Angmo m’attendait. Tashi poussa un peu les passagers pour poser mes bagages et me faire une petite place sur les genoux de Stanba Gyalstan (le pharmacien de l’hôpital de Padum). Il avait eu la chance de monter quelques secondes avant moi !
Légèrement abasourdie par le voyage précédent, je retrouvais dans ce nouveau bus, des gens connus de Karsha et d’autres inconnus. Ce fut un accueil magnifique scandé de chants et de "Djullé Mido" ! J’avais l’impression de rêver !
Je promis à Tashi de revenir à Pipiting, dans deux jours, pour voir Dolma Lamo.

Deux jours à Karsha
Pour dormir, faire connaissance de ma nouvelle famille adoptive, participer aux travaux domestiques, parler avec les uns et les autres de la France, des nouvelles de l’année, des faits et méfaits de la pomo association.

Une journée à Pipiting et Padum
Pour faire connaissance avec Dolma Lamo (infirmière sage-femme), puis à Padum où j’ai trouvé Sonam Tsomo (Master hight school de Padum) en pleine correction de dictée avec ses élèves, assis sous le préau. Son accueil simple fut très émouvant pour moi. Elle laissa l’école et les enfants. Nous sommes allées discuter en mangeant une tupa. Nous décidons, alors, de faire une réunion plus formelle avec Dolma Lamu pour prendre certaines décisions : Coup de fil à l’hôpital pour prévenir Dolma, saut à l’école pour prévenir de l’absence de Sonam, et nous nous retrouvons chez Stenzin Choskit quelques minutes plus tard. Réunion sur les différents points à régler avec la pomo Association (cela a fait l’objet d’un compte rendu spécifique) et nous prévoyons de faire la fête que nous appellerons " Pomo Tshang Party " le 26 à mon retour de Pishu.

Une demi-journée à Rizing pour, malheureusement, ne pas rencontrer Sonam Namgyal qui était à Delhi ! J’espérais le rencontrer à propos de l’
eau à Pishu.

Une journée à Karsha…

Trois jours à Pishu
pour préparer la rencontre des villageois à propos des différents projets en cours pour l’ irrigation des champs :
Arrivée à Pishu en jeep jusqu’au pont, puis à pied.
Malgré ou à cause du fait d’être accompagnée par Lobsang Sonam natif du village, l’intégration ne fut pas acquise a priori : du temps pour vivre ensemble, assumer les tâches domestiques avec Dawa Lamo (femme de Tsering Norboo qui est le frère de Lobsang Sonam… Vous me suivez !), parler des problèmes d’eau, aller jusqu’à la source au-dessus du village… 800m de dénivelé pour m’apercevoir que l’eau était rare, les tuyaux fuyaient de toutes parts !

Et petit à petit les souvenirs de l’an passé se sont réveillés, les liens se sont créés, les connivences se sont exprimées : j’étais adoptée, mais pour combien de temps ?

La veille du jour où les hommes en trek sont arrivés avec les français de RBM, les femmes du village avaient organisé une journée propreté sous l’impulsion de Dolma Angmo: Ne rien jeter par terre, ramasser les ordures qui traînaient dans le village pendant quelques heures après les foins.
Le lendemain, grâce à Thukjay (mari de Dolma Angmo ) qui traduisait, j’ai pu préparer et animer, avec l’institutrice, une réunion avec toutes les femmes pour les informer et leur demander leur avis sur les différents projets (ces résultats font l’objet d’un
compte-rendu spécifique).
Tout le village s’est retrouvé ensuite à l’école pour faire la fête : chant, tablas, danse…et tchang !

Pomo tchang party à Padum
Et la fête continue ! Chez Sonam Tsomo à Padum, j’ai retrouvé 8 femmes de la Pomo Association (je ne les connaissais pas toutes !) pour faire des momos, les manger, boire du tchang, du rhum, de l’arak et du thé, papoter et danser sur les derniers tubes ladakhis (à Padum il y a l’électricité pour la chaîne hi fi !).
En milieu de soirée, le mari de Sonam Tsomo nous a rejoint avec deux de ces amis et nous avons dansé jusqu’à 3h du matin. C’est encore plus difficile de danser que de marcher à cette altitude ! cela m’a plus importuné qu’eux, évidemment !

Deux jours à Karsha
Avant de repartir en bus pour Leh j’avais bien envie de profiter encore un peu des amis de Karsha et ceux (français et Zanskarpas) arrivés de Lamayuru !


Conclusions
Au-delà de la barrière de la langue, les rencontres furent chaleureuses et passionnantes. Bien sûr c’était très court pour tout comprendre ! mais peut -on tout comprendre ? je ne le crois pas.
L’important est d’échanger, d’estimer nos différences et nos ressemblances. J’ai cru percevoir que, elles aussi, c’est ce qu’elles souhaitaient. Ce dont on avait le plus besoin : savoir qu’à l’autre bout du monde, des femmes pensent à leurs amies.

Je m’étais volontairement limitée à une rencontre prioritairement féminine. Le fait d’être seule européenne m’a obligée (agréablement) à me plonger dans leur monde. Il est si différent du nôtre (dureté matérielle de la vie, valeurs spirituelles, égalité hommes femmes…) Et pourtant nous avons pu trouver des connivences !

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